Être mère au foyer

Publié le par Maëlle B.F.

Le « plus beau métier du monde », une « planque » pour les mamans planplan...Difficile de choisir de rester à la maison sans que chacun y mette son grain de sel. Alors, s'occuper des enfants en restant à la maison, qu'est-ce que ça signifie en vrai ?

 

Je t'entends déjà rire doucement : qu'est-ce que je connais de la vie de mère au foyer moi qui viens seulement de sortir de mon congé maternité. Mais il faut que tu saches que ma propre maman a travaillé à la maison avec trois enfants et que malgré tout, trois mois avec bébé au moment où il est très demandeur te donne un bon aperçu de ce quotidien.

Faire la différence entre être maman et être au foyer

Des mamans mieux que les autres ?

 

Je crois que la première confusion est de penser que les mamans au foyer sont des "super mamans". Une grande partie de la mauvaise image liée à ce statut, vient du fait qu'il y a une sorte de concurrence entre les mères qui travaillent et les mères qui restent à la maison. Les premières affirment qu'elles arrivent à tout gérer - boulot, maison, enfant(s) - et qu'elles sont quand même de bonnes mères, et les secondes clament qu'elles ont tous les métiers du monde, que c'est bien plus dur et donc qu'elles ont plus de mérite ! Mais cette rivalité n'a pas de sens, on est une "bonne mère", à supposer que ça existe, parce qu'on respecte, aime et soutient son enfant, pas en se lançant dans le concours du plus grand nombre de chansons apprises, pates à sel réalisées, t-shirts repassés... Après je pense qu'il y a des nombreux avantages pour l'enfant à ce que quelqu'un soit présent pour lui. De plus en plus d'études montrent que la présence de la mère a un rôle positif chez le nourrisson et même le jeune enfant. Rassuré par la présence maternelle, il est plus confiant et devient donc plus facilement autonome.

Rester à la maison, un choix accessible à tous ?

 

Oui, cela demande des compétences de gérer un foyer et de s'occuper des enfants. Mais ce n'est pas révélateur de nos compétences de parents (même si cela est lié d'une certaine façon) c'est une capacité en plus. Rester chez soi ne signifie pas forcément tout faire dans la maison. On peut avoir une femme de ménage, demander aux autres membres de la famille de faire leur part de boulot. On peut au contraire tout gérer du lave-vaisselle aux papiers adminsitratifs : ça dépend de ce qu'on veut/est capable de faire. C'est pour ça que j'aime beaucoup l'expression que ma mère employait en souriant pour se désigner : "gardienne du foyer". J'ai lu aussi "chef d'entreprise".  Le mot "gardienne" renvoie à un autre aspect qui me plait dans le fait de rester à la maison ; il y a quelqu'un présent lorsque les membres de la famille rentrent. J'avoue avoir trouvé merveilleux le fait de rentrer de l'école et d'avoir ma mère pour partager le goûter et raconter dès la sortie les petits bonheurs et malheurs de ma journée (les parents qui ont pu bien organiser leur mi-temps peuvent connaître ça également). Mais il n'y a pas que les enfants qui en bénéficient, l'autre conjoint qui travaille à l'extérieur aussi. Même lorsqu'on délègue, rester à la maison demande beaucoup d'énergie et être disponible pour les membres de sa famille n'est pas facile tous les jours et demande une dose de sacrifice (attention je ne dis pas qu'on renonce à soi comme je le lis souvent, mais il est vrai qu'on doit parfois revoir ses priorités).

On n'a pas le métier de "mère au foyer", on est mère et on est au foyer.

L'apanage des mères ?

 

L'autre souci avec cette image de la mère au foyer est qu'elle exclue la possibilité que ce soit le père qui reste. Ou qu'il n'y ait que deux mamans ou deux papas...Bref, c'est une image un peu ancienne qu'il faut revisiter. Je pense qu'il est faux de penser que le rôle de la maman est remplaçable dans les tous premiers mois (je rappelle que l'OMS recommande l'allaitement exclusif jusqu'à 6 mois qui est difficile à combiner en France avec la reprise du travail) mais la présence d'un membre de la famille peut tout à fait remplir le rôle d'écoute et d'accompagnement qui fait la richesse de ce choix.

Un révélateur du malaise dans notre société

 

Une des réactions typiques de beaucoup de gens lorsqu'on leur annonce qu'on s'arrête pour un temps de travailler est : "Mais tu risques de t'ennuyer non ? Que vas-tu faire des tes journées ?". C'est un peu bizarre quand on y pense. Combien de personnes ne sont pas épanouies dans leur emploi ? Combien detestent leur journée ? Et pourtant, la première chose à laquelle on pense lorsqu'on parle de rester à la maison est l'ennui.

"Oui mais tu vas végéter intellectuellement !" Ce serait vrai (peut être ?) si tous les métiers étaient exigeants intellectuellement et ce n'est malheureusement pas le cas. Si on réfléchit, bien qu'il y ait cette part de sacrifice dont j'ai déjà parlé, on a plus de temps pour ses loisirs et ceux-ci peuvent être intellectuels. Alors, c'est vrai qu'un bébé de 6 mois ne nous poussera pas à dévelloper des arguments dans un débat enflammé mais un enfant de 12 ans par sa curiosité et sa volonté de discuter pourra nous pousser à être plus pédagogue, plus précis... Enfin rien ne nous oblige à ne voir personne, lorsque les enfants ne sont pas là, on peut avoir des activités.

"Et ta carrière ?" Le grand mot : la carrière. Parce que ne pas faire carrière, c'est ne pas se réaliser. Toute notre estime de soi, notre valeur finalement, vient dans notre société en grande partie du métier que l'on exerce.  Dommage ! Je pense que l'être humain développe des capacités interessantes voire exceptionnelles en travaillant mais qu'avoir un boulot n'est pas forcément les utiliser et rester à la maison ne signifie pas ne pas travailler. On peut créer, se découvrir... à condition de s'en donner le temps bien entendu (pas forcément évident avec 5 enfants et/ou des petits en bas âge) et les capacités développées au contact d'enfants sont à louer. La preuve, personne ne va dire à une puericultrice "tu te la coules douce dis donc !".

"Mais tu n'es pas indépendant(e) !" Et là, c'est effectivement le hic. Soit, on arrive à gagner de l'argent en étant chez soi, soit on est dépendant de son conjoint (ou de l'état). Or, ne pas gagner d'argent dans notre société est considéré comme négatif pour soi mais aussi pour l'ensemble de la communauté. On est un poids, on est inactif (le choix du mot est amusant au passage). Notre utilité sociale se mesurerait donc à notre salaire ? Que faire des bénévoles ? S'occuper de sa famille n'est-il pas bénéfique aussi pour la société ?

Conclusion

Le sujet est très vaste et fait débat, je n'en ai surement esquissé que le début. Cependant, je vais rester à la maison pour un an, peut-être plus, et je resterai une femme, active, intelligente et digne de compagnie ^^ sur la lignée de ma maman et de tant d'autres avant. Tous les commentaires sont évidemment les bienvenues !

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Lala 15/04/2016 23:34

Bravo c'est très bien écrit. On a décidé avec mon mari que je m'occuperai de mon fils, il va avoir un an et je n'ai pas repris le travail et ne le reprendrai pas.. je ne le vis pas très bien à vrai dire. C'est pas facile quand on a toujours été indépendante de changer du tout au tout.
Votre article fait plaisirs à lire. Merci

Maëlle B.F. 16/04/2016 20:55

Très contente qu'il t'ait touché (j'espère que ça ne te dérange pas si je te tutoie). C'est un choix fort de vouloir s'occuper à plein temps de son enfant. Surtout pour un premier car celui-ci nous fait devenir mère/père et cela chamboule forcément beaucoup de choses. La société n'aide pas du tout l'individu à s'accepter pour lui-même et ça n'aide pas à bien vivre cette situation. J'espère que ce temps te permettra de profiter pleinement de ton fils. Les moments difficiles paraissent longs sur le moment mais promis ils passent ! Je te souhaite plein de belles découvertes, de partage et de bonheur. Chez nous, nous avons un compte commun et des comptes perso, le tout alimenté par le salaire de monsieur et cela permet d'être moins dépendante :). Merci pour ton commentaire.