Mon pays en guerre ?

Publié le par Maëlle B.F.

C'était vendredi soir, fatiguée je me suis couchée tôt. Mon homme a appris la nouvelle tout seul et n'a pas voulu me réveiller ; je n'ai su l'horreur qu'au petit matin au premier réveil de bébé.

Horreur, stupeur, puis colère et impuissance. Le président a déclaré l'état d'urgence, on nous explique que notre pays est en guerre. En guerre ? Mais cela fait des années que notre pays envoie des troupes sur différents fronts et que nous sommes "en guerre". Oui mais c'est une guerre sur notre sol. Une guerre civile alors, car ceux qui nous tuent sont bien Français (pour la plupart). Je ne veux pas céder à la peur, à la paranoïa...On nous demande d'être vigilant, devra-t-on regarder chaque voisin avec suspicion ? La délation a-t-elle de nouveau de beaux jours devant elle ? Que faire à notre échelle de citoyens ?

Tu comprendras que je ne suis pas trop d'humeur joyeuse. Dans quelques jours, je reparlerai de DIY pour Noël, de déco, et de joie. Là, l'heure est au recueillement (une pensée pour tous ceux qui sont morts et leurs proches) et à la réflexion. Alors le ton de ce post est un peu différent mais je pense que c'est important. Bref, en ces temps sombres, un peu de lecture pour y voir plus clair.

Casser la fabrique à terroristes

 

Un article du monde diplomatique datant de février 2015 qui explique comment tarir le recrutement des terroristes en France. Bien loin du matraquage médiatique et de la récupération politique, qui sont les terroristes et quelques pistes pour les isoler avec notamment l'aide de la communauté musulmanne et un intérêt plus important des politiques à l'islam. Voici un petit extrait :

 

"L’après-7 janvier ne doit surtout pas se restreindre à un débat sur les budgets de la police et de l’armée. Pour quoi faire d’ailleurs, étant donné les conséquences catastrophiques des interventions extérieures précédentes ? La politique de contre-radicalisation doit viser à tarir la source du recrutement. Les salafistes sont enfermés dans des idéologies sectaires et paraissent peu accessibles. Il est difficile de faire redescendre sur terre un illuminé. C’est le reste de la population musulmane qui doit, entre autres, faire l’objet d’une mobilisation associative dans le cadre de la politique publique.

Comme acte fondateur, la parole publique doit désigner la cible : le salafisme djihadiste, et non pas le « terrorisme international », formule creuse qui renvoie aux plus mauvais souvenirs de l’ère du président américain George W. Bush. Si tous les salafistes ne sont pas des radicaux violents, tout terroriste violent a d’abord été radicalisé politiquement. Ce ciblage permettrait de casser le sentiment collectif de stigmatisation des musulmans — souvent à fleur de peau — que des termes comme « islamisme » ou « terrorisme islamiste » entretiennent."

source : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CONESA/52626

je ne suis pas d'accord avec tout, car je trouve que certaines solutions mettent trop en péril la laïcité mais cela fait réflechir.

Comment expliquer la radicalisation d'une partie de la jeunesse ?

 

Encore un article du monde diplomatique. Ici, l'auteur se pose la question du passage à l'acte des terroristes. Même si là encore c'est un article vieux d'un an, certaines remarques ont l'air de rester pertinentes. Il fait ainsi remarquer que les terroristes de janvier 2015 (et apparemment ceux de novembre 2015 ?) appartiennent à la "génération des cités" (puisqu'ils sont nés dans les années 1980) qui se caractérise par "la désaffiliation, un durcissement de l’accès à l’emploi non qualifié, de la ségrégation spatiale et des contrôles policiers, une ethnicisation des rapports sociaux et le déclin des mobilisations politiques portées par leurs aînés". Il fait remarquer que cette description correspond à tellement de personnes que s'y arrêter est un non-sens ! Qu'est-ce qui explique qu'untel passe à l'acte et pas l'autre ?

Il parle ensuite des liens entre les Groupes islamistes armés, GIA, qui ont agi en Algérie notamment dans les années 1990 et les actuels salafistes djihadistes et comment les premiers participent à la formation des seconds.

Et enfin, la fin de l'article s'interroge sur le terme de guerre associé aux événements et aux problèmes que cela entraîne. Là encore, le discours est encore malheureusement d'actualité.

 

"D’abord, la situation, pour tragique qu’elle soit, n’est pas une guerre. Elle demeure sous le contrôle des services de police et des autorités judiciaires. Les auteurs et leurs complices ont été neutralisés ou arrêtés rapidement, et on peut légitimement penser qu’il en sera de même si d’autres actes venaient à advenir. Le risque zéro n’a jamais existé, même dans les régimes les plus policiers (comme le Chili d’Augusto Pinochet ou l’Espagne de Francisco Franco).

Ensuite, le discours guerrier suppose une polarisation, puisqu’il repose sur la mobilisation de tous contre un ennemi commun. Si l’argument peut connaître un écho quand ses armées déferlent sur les frontières, il reste sans effet en temps ordinaire. Les difficultés de certains enseignants à faire respecter une minute de silence officielle dans leurs classes le 8 janvier 2015, comme la composition sociale des immenses manifestations du dimanche suivant, montrent que l’unanimisme n’est pas si répandu dans certaines populations."

source : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/BONELLI/52619

Cette réflexion fait écho à mes propres interrogations comme je te l'ai dit en tout début de ce post, peut-on parler de guerre contre ce genre d'ennemi ? Comment le combattre ?

Restons unis et ne cédons pas à la peur

 

Voilà, le monde où nous vivons est complexe. Il est illusoire de penser que nos actions sur la scène internationale n'ont pas de conséquences. Exemple, l'effondrement de la Libye facilité par "l'Occident" pour le triomphe de l'aspiration des peuples, un bien, a destabilisé la région mettant sur la marché des armes et facilitant l'action de groupes terroristes, un mal. Beaucoup d'acteurs internationaux, dont des pays européens, ont eu un jeu ambigu pendant trop de temps. Il n'y a qu'à repenser au scandale vite étouffé des acheteurs européens du pétrole de Daesh.

J'admire les parisiens qui se sont rassemblés dès vendredi soir dans les rues. J'ai tout de même profité de mon week-end et admiré hier le couché de Soleil avec mon homme et mon fils car je veux croire que mon pays n'est pas en guerre !

 

Mon pays en guerre ?

Publié dans Réflexions, Attentats, Divers

Commenter cet article

Rebecca G. 15/09/2016 20:12

Je n'ai pas grand chose à ajouter... Bisous.