Le jour où j'ai accepté de lâcher-prise

Publié le par Maëlle B.F.

J'ai longtemps hésité à faire ce post. Peur de blesser, peur du jugement, peur de le dire peut-être aussi. Mais après tout cet espace est le mien et ce que je dis ne correspond qu'aux faits et à mes ressentis. Et puis il y a des choses qu'il ne faudrait pas dire mais ce serait ok de les vivre ? Si des personnes le prennent mal, j'en suis désolée, ce que je vais dire n'est ni insultant ni méchant. D'ailleurs ce n'est que le quotidien et les "souffrances" de beaucoup de gens. Ce qui ne veut pas dire que le quotidien était triste au contraire, il y a aussi plein de joie (et heureusement).

Pourquoi en parler ? Et bien parce que c'est grâce à d'autres que moi qui ont osé "mettre des mots sur leurs maux" que j'ai été capable d'arrêter de me voiler la face et de vraiment aller de l'avant. Parce que ça finalise aussi mon travail. Alors j'espère qu'en partageant ceci, les gens qui me liront en se sentant concernés, arrêteront d'en vouloir à la terre entière et commenceront à se pardonner.

Le désenchantement

 

J'ai eu une grossesse très épanouie et heureuse où j'ai été très entourée. Bon, il y avait le stress du déménagement, le changement de travail de mon homme, et la mise en parenthèse de mon travail de professeur pour une durée non déterminée mais c'était génial. On partait dans le sud, on quittait Paris.

Il y a eu l'accouchement. Un moment magique (malgré la douleur quand même ;) ) et l'arrivée de mon ange. Parfait : voilà ce que je ressentais. Aucune complication, en pleine forme, enfin tous les trois. (j'en parle ici)

Puis viennent les premiers doutes. Trop de monde à la maternité, trop de photographies (pire que le tapis rouge). J'ai l'impression d'être dépossédée de mon bébé, de mon corps (je ne ferai même pas de faire-parts tellement cela m'a attristé alors qu'on avait acheté de quoi les faire). J'ai un début d'allaitement difficile : bébé qui pince (j'étais pourtant dans un hôpital spécialisé lactation) et seins sensibles (oui j'ai mis toutes les crèmes du monde, non ça n'a pas marché). Très vite des plaies s'ouvrent - heureusement aucune sequelle. Et pourtant, les photos continuent, du bébé, mais de moi aussi, alors que je n'ai qu'une envie, rester seule avec bébé et continuer cette si belle symbiose de la naissance. Bébé est très demandeur, déjà très tonique et les jours "java" commencent. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est le moment où bébé lance la lactation et est trèèèès en forme, contrairement à ses parents..Il tête toutes les heures et a quelques moments de sommeil. Bref, on n'est pas en phase quoi.

Ma famille est loin et ma mère arrive donc deux jours après. J'ai vraiment mal, je suis épuisée, j'ai une tension très basse ; ma mère passe la nuit avec moi et c'est un vrai soulagement. Mais le répit est de courte durée et ma mère doit repartir. Je donne le change, souris à tout le monde mais je n'aime pas qu'on prenne mon fils dans les bras sans mon autorisation (ou alors en forçant mon autorisation), je n'aime pas sentir le parfum d'autres sur lui. Je me sens faible de ne rien dire, de ne pas mettre gentiment tout le monde à la porte. Oui, on part, oui tout le monde veut nous voir, mais ce n'est pas le moment ! Je veux rentrer chez moi.

Enfin, j'ai le droit de sortir (sous la moue des sages femmes mais qu'importe). Là encore, le retour à la maison est bien loin de ce que j'imaginais. Nous ne sommes pas tous les trois, nous ne pouvons pas nous retrouver. On me vole les premières fois avec mon fils. Le soir même, je craque totalement, j'ai juste envie de mourir. Puisque tout le monde s'accapare mon bébé, puisque personne ne se soucie de moi, je n'ai qu'à disparaître. Une intervenante en lactation me voit le lendemain et s'inquiète de ma paleur et de ma faiblesse. Elle dit "il faudra peut être passer à l'hôpital vérifier que tout va bien ?" C'est la seule qui verra mon désarroi. Heureusement, il y a bébé. Les visites continuent, accompagnées certaines de remarques bien désagréables qui effritent ma fragile confiance de jeune mère. Et le déménagement que l'on prépare.

Les difficiles premiers mois

 

Enfin dans le sud. Ma famille vient nous aider à emménager et ma soeur reste quelques jours de plus pour finaliser ce gros fouillis. Mon homme reprend le travail dans un mois et on essaye de trouver notre rythme à trois. Mais, de nouveau, tout le monde veut nous voir. On arrive péniblement à prendre du temps de repos pour nous en partant chez mes parents où on nous laisse tranquille. Personne n'a l'air de comprendre que je suis stressée d'avoir et de voir du monde, que je veux juste trouver mes marques avec bébé et que non je ne veux pas le faire garder, je veux pouvoir trouver mon rythme avec lui (tu sais ce fameux rythme dont je te parlais il y a quelques mois). En plus, la charge de travail quand les gens partent est là et quand Monsieur reprend le travail, je gère la maison. Je me dis que comme je ne travaille plus, ben je dois tout faire non ? Sinon, je suis nulle ! Et puis, la nuit il n'y a que moi qui vais me lever pour que l'amoureux puisse se reposer. Le pauvre ne demande rien de tout ça, propose de prendre une femme de ménage, sent le malaise mais je refuse. Et il préfère laisser aller.

Le temps passe et je ne me reconnais pas. Je donne toujours le change (même ma famille et mon homme n'ont su que tard ce qui se passait vraiment), mais je me fais violence pour ne pas me négliger. Je suis toujours très fatiguée et à fleur de peau. On me demande toutes les semaines (voir plusieurs fois par semaine) des photos, des nouvelles de bébé. Et de moi aussi bien sûr " Tu ne t'ennuies pas ?" "Tu ne te sens pas seule dans cette nouvelle ville" "Mais tu vois du monde ?" "Tu devrais le faire garder maintenant" "et tu reprends quand ?" Autant de phrases anodines qui sont le quotidien de beaucoup de maman en congé maternité (même pas congé parental attends que j'y vienne ^^) mais qui chez moi résonnent douloureusement. Je culpabilise, est-ce que mon fils sera équilibré s'il reste avec sa mère à deux mois (lol) ? Vais-je totalement disparaître aux yeux de tous si je choisis de faire ce qui me semble bien (sûrement) ? Et puis j'ai des bouffées de colère : mais laissez-moi en paix ! Je n'ai pas l'impression de profiter pleinement de mon enfant, je redoute le téléphone et de regarder mes mails et paradoxalement je me sens de plus en plus seule car bébé grandit et ses besoins changent. Et je pleure, beaucoup. Alors, j'appelle (oui là encore un paradoxe ^^) tous les jours ma mère - maman si tu passes par là encore désolée hem. Tiraillée entre le fait que dans ma tête le seul modèle viable est celui d'une mère qui se débrouille seule et qui est forte et l'envie d'hurler "Au secours, je me noie, venez m'aider, ça ne va pas". Mais je ne dis rien. Par peur du jugement, parce que je veux être une "bonne maman", parce que je sais que je peux y arriver. Évidemment que je pouvais y arriver, mais il aurait fallu simplifier mes priorités, dire "non" quand j'en avais besoin. Et je ne le fais pas.

La crise

 

Mon couple finit par être en danger. Je menace de partir car j'ai l'impression que l'autre ne comprend rien à ce qui se passe et pour moi ce n'est pas à ça que doit ressembler le mariage. Je suis déterminée mais au fond de moi j'hurle : je l'aime c'est quand même trop stupide de se laisser bouffer par des conneries ! Jusqu'au jour où je prends mon courage à deux mains et je mets le hola. Gentiment de mon point de vue, j'explique que j'ai envie d'être dans ma bulle, que ce n'est pas parce que je ne travaille pas que je ne fais rien... Mais cela ne passe pas. C'est normal je suppose, on a tous notre vision des choses et je ne pense pas qu'il y ait de bonne façon de faire, quand on parle, on prend toujours le risque qu'en face il y ait une réaction et que les personnes soient blessées. C'est justement par "gentillesse" et peur des conséquences que je me suis tu pendant plusieurs mois. Néanmoins, la réaction ne me plait pas du tout. Le point positif est que je suis enfin seule, enfin moi avec mon bébé. Tout va donc s'arranger.

Pourquoi cela ne va toujours pas ?

 

Est-ce une conséquence des débuts un peu laborieux ? Ou bien aurai-je eu les mêmes difficultés sans eux ? Je ne saurais dire. Toujours est-il que je suis irritable, mal organisée, je pleure beaucoup. Et la culpabilité : pourquoi je n'y arrive pas alors que je n'ai qu'un enfant. En bonne santé en plus ? Je me trouve minable.

Bébé grandit et affirme son caractère et ça ne va toujours pas. Des choses anodines me mettent hors de moi "Pourquoi le store électrique ne marche pas !" "Pourquoi ce ravalement dure 2 mois de plus que prévu" (oui j'ai oublié de dire qu'un ravalement de l'immeuble en son entier a bloqué nos terrasses et nos fenêtres de Novembre à Avril - heureusement pas toute en même temps, avec de la poussière et des perçeuses de 8h à 16h). J'angoisse devant la montagne de tâches que je me fixe à accomplir, les "bêtises" de mon fils me font souvent pleurer et non rire. J'ai moins de patience qu'avant et me sens vite agressée par les événements. Je lis à droite à gauche, pioche des conseils, des recettes... Non pas que ce ne soit pas utile mais je sais que c'est de la pommade sur quelque chose de plus profond. Donc cela fonctionne oui mais je sens que c'est fragile ; à la prochaine tempête, tout volera.

Bébé commence à explorer l'appartement, se met debout et entre dans la phase du "non" et ... j'ai vraiment envie de m'arracher les cheveux certains jours. Attention, je ne parle pas ici de l'énervement normal (il me semble que quand ton fils met les mains dans son caca, oui tu n'es pas en joie ^^) mais de l'énervement disproportionné : celui qui te fait pleurer parce que ton gosse refuse depuis 1h la sieste, celui où tu élèves la voix alors que finalement ça n'en vaut pas la peine, celui où tu crois devenir folle en disant "non".

Acceptation et lâcher prise

 

Il m'en aura fallu du temps et le travail n'est pas terminé. Mais j'ai enfin compris qu'on ne peut changer les choses qu'en se changeant d'abord soi-même. Que forcer l'impossible et l'excellence quand ce n'est pas dans notre nature est épuisant et inutile et ne conduit qu'au malheur (je ne parle pas ici de bons et sains défis qui nous transcendent). Qu'au lieu d'en vouloir aux uns, aux autres, je devais surtout arrêter de m'en vouloir à moi et m'accepter tel que je suis. Et que si ça dérange, si quand on dit non les gens sont mécontents, si les gens sont blessés, ce n'est pas grave. La porte reste toujours ouverte pour le dialogue.

A l'adolescence, j'avais reçu un livre de coloriage (à l'époque où ce n'était pas encore une mode virale) de mandala accompagné de textes sur le lâcher-prise. Ils ont une toute autre résonnance maintenant (tout ne concerne pas ma situation bien sûr). Oui, nous ne sommes pas passifs face aux situations et l'on peut agir. Nous sommes en grande partie responsable de ce qui nous arrive et l'accepter permet en fait d'avancer et de se respecter. Il ne sert à rien de vouloir prouver quelque chose ou d'être dans sur la défensive, il faut être (oui c'est dur ^^).  Le plus important est l'essentiel et chacun est comme il est. Accepter la vie telle qu'elle se présente, c'est se donner la possibilité de pleinement l'apprécier et bien mieux encaisser les coups durs.

Évidemment, le chemin sera long. Je sais que beaucoup de gens se diront que c'est se prendre la tête pour pas grand-chose, mais nous réagissons chacun selon notre sensibilité. Le plus dur a peut être été pour mon mari qui se demandait un peu ce qui se passait et contre qui je dirigeais ma colère et ma frustration. Mais au final, je suis contente, ça m'a permis d'avancer.

L'arrivée d'un bébé ça bouscule, mais c'est plutôt une bonne chose non ?

 

 

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Rebecca G. 14/06/2016 22:12

Bravo à toi Maëlle d'avoir écrit cet article!!! C'était important pour toi de le faire et cela peut effectivement aider d'autres femmes dans la même situation. Je regrette de ne pas avoir eu le temps de te lire avant aujourd'hui... Cela va peut-être t'étonner, mais même moi je suis passée par là!! C'était pour ma deuxième fille. Mon aînée n'avait que 13 mois lorsqu'elle est née, et ne marchait pas encore.
Je l'avais pourtant désirée, mais comme toi, c'était un bébé très demandeur, qui pleurait beaucoup, voulait tout le temps les bras et dormait très peu. Comme toi, l'allaitement a été un supplice, mais je voulais absolument continuer... Je suis vite devenue physiquement un zombie et moralement... dépressive.
Comme toi, j'étais à fleur de peau, agressive, et je pleurais constamment. e me sentais nulle, je me dégoûtais. Je n'étais plus moi-même. Et pourtant, comme je l'aimais, ce bébé!!!
Comme toi aussi, je ne voulais qu'une seule chose: me retrouver seule avec mon bébé et mon mari. Je n'ai jamais fait garder mes enfants les premières années. Et j'étais femme au foyer, par choix perso.
Et pourtant je me sentais très malheureuse. Je voulais être une mère parfaite. Ce qui n'existe pas. Nous ne sommes pas des robots. Nous avons droit à l'erreur, droit de craquer.
Tout ce que tu as vécu est normal. Il me semble qu'une grande partie du problème venait du fait que tu ne savais pas imposer des limites et dire NON.
Mais tu as appris, c'est l'essentiel.

Maintenant, je vais te rassurer... Avec les suivants, c'est TRES différent! :) Justement, parce qu'on a appris à gérer, parce que l'on sait qu'on a pas besoin d'être parfaite et que l'on a un peu plus d'expérience, de recul.
Alors je suis certaine que lorsque tout en aura un deuxième, tout se passera comme sur des roulettes! ;)
Pour moi, c'est ce qui est arrivé ensuite. Pour les autres, tout était ok. J'étais devenue très cool. Et les enfants le sentent, donc eux aussi deviennent cool...!
Tu vois, j'en ai quand même eu 7 finalement... et quel bonheur!
Maintenant, je suis (jeune) mamie et j'essaye de rassurer ma fille autant que je peux. Je lui fais comprendre qu'elle se débrouille super bien (ce qui est vrai) et que c'est à ELLE seule de décider de ce qu'elle veut pour son bébé. Elle fait ses choix et sa vie. Je n'interviens qu'un minimum, uniquement pour l'aider, la soulager lorsqu'elle en a besoin et qu'elle me le demande. Je lui raconte tout ce par quoi je suis passée et je lui dis que c'est normal d'en avoir ras le bol parfois!
Je lui dis que je la comprends.
Voilà, Maëlle, je te le dis à toi aussi: je te comprends! :D GROS BISOUS à toi et à bébé. <3

Maëlle B.F. 15/06/2016 10:47

Oh merci beaucoup pour ton message (j'ai eu un grand sourire en te lisant en sentant les bonnes ondes qui s'en dégagent) ! C'est très rassurant de voir qu'on est beaucoup (toutes ?) passé par une remise en question à la naissance de notre premier : après tout c'est celui qui nous fait mère pour la première fois. J'espère oui que vu que chaque naissance est différente, ce ne sera pas la même chose pour les prochains ^^.
Et tu as tout à fait raison, je n'osais pas poser de limites et dire "stop" à certaines personnes. Alors qu'en fait ce n'est pas si dur, pas si grave et tant pis si ce n'est pas compris.
Ma mère m'a beaucoup dit elle aussi qu'il n'y a que moi pour savoir ce qui est bon pour mon bébé ; mais quand on veut tout bien faire, on ne sait plus vraiment ce qu'on veut.
Donc merci de me comprendre :) et merci pour ta bienveillance !

Caroline 10/06/2016 23:51

Vu ma sensibilité extrême, mon impulsivité et le fait que je sois lunatique, ça va être la fête quand j'aurais un bébé :o

Courage en tout cas, je suppose que la plupart des femmes vivent ça et ça doit pas être facile :/
Bonne soirée :)

Maëlle B.F. 11/06/2016 08:11

:) Je pense que oui quand tu as un enfant (pour un premier, c'est peut être différent après), tu veux lui donner le meilleur mais il te met face à tes incohérences, tes "actes manqués". Tu veux lui donner le meilleur, donc tu veux lui montrer le meilleur de toi-même aussi je pense. Du coup, tu ne veux plus vivre des situations où tu te laisses amoindrir dans ton être.